sorti le 10/06/2026
Au festival de Cannes 2026, Dupieux présentait non pas un mais bien deux films, tous deux singuliers au sein de sa filmographie ; l’un par son casting pour la première fois intégralement américain (Full Phil), et l’autre par son esthétique atypique qui évoquera aux gamers des 90’s leurs premiers émois de console et aux spectateurs lambda une interrogation quant au sens de ce choix, pleinement au service de l’histoire. Jacques (Alain Chabat) se rend chez son ami Bruno (Jonathan Cohen) pour lui annoncer une nouvelle importante : l'humanité toute entière vit dans une simulation.
Pour son premier film d’animation, Dupieux opte pour une technique qui s’apparente à la rotoscopie (dessin par-dessus des mouvements captés par une caméra) beaucoup utilisée par Disney pour ses premiers longs métrages notamment pour obtenir une animation réaliste des animaux. Ce choix dénote dans un paysage contemporain où, à l’exception de quelques fulgurances de créativité comme les Spider-Man animés avec Miles Morales, l’animation est majoritairement scindée entre la 3D aux visages ronds et lisses à la Disney-Pixar et l’esthétique 2D (voire souvent 3D qui se fait passer pour de la 2D) des animés japonais. Décors et personnages, ici, tout est capté par la caméra et retravaillé sous Blender par une équipe d’animateurs pour rendre cet aspect jeu vidéo rétro, avec ces personnages polygones qui passent régulièrement à travers la matière de ce qu’ils touchent.
Au cœur du dilemme du film, cette esthétique surprenante de Playstation 1 permet à Dupieux d’interroger la notion de la réalité qui le passionne tant. Comment mieux que par les visuels du jeu vidéo semi-réaliste des années 1990, remettre en cause une réalité simulacre contrôlée par une puissance extérieure, une simulation au but obscur ? S’adaptant à une large partie du public déjà averti sur cette question par l’évocation de Matrix à plusieurs reprises par les répliques de Bruno, le réalisateur englobe aussi un public néophyte par le biais de Jacques, excité par sa découverte mais manquant du raisonnement fougueux et cynique de son ami.
Avec ses films d’1h10, Dupieux attrape le spectateur pendant trois quarts d’heure par un concept intriguant qu’il cherche malheureusement trop souvent à expliquer, à détourner ou à élucider, cassant le sublime du mystère initial. Sans détruire les réflexions thématiques du métrage, l’idée révélée par Christophe (Jean-Marie Winling) est peu satisfaisante et n’emporte pas le film à un degré supérieur de questionnement métaphysique auquel il invitait pourtant. Malgré un dénouement délicieusement acerbe avec la fumisterie ultime de Bruno et un running gag malin de Fabienne (Anaïs Demoustier) qui bloque sur les conversations d’argent entre hommes comme si elle avait été maladroitement programmée, le film loupe de peu le coche pour atteindre sa promesse de révélation qui donnerait le vertige.
Gwendal Ollivier