sorti le 04/03/2026
Onze ans après leur dernier film, le duo de réalisateurs, scénaristes, dialoguistes et metteurs en scène surnommé Nicolas et Bruno revient au cinéma avec une comédie paranoïaque. Présenté en avant-première au festival international du film de comédie de l'Alpe d'Huez en janvier, le film obtient le Prix d'interprétation masculine pour Laurent Lafitte et son double rôle très maîtrisé. Alors qu’Alex Floutard fait la rencontre de son voisin fraîchement arrivé, il est immédiatement frappé par leur ressemblance physique que personne d’autre ne semble voir. Axel Chambon est cependant une meilleure version d'Alex, plus drôle, socialement plus élevé et sans calvitie.
Laurent Lafitte démontre une nouvelle fois tout son talent en jouant deux personnages au quotidien à la fois similaire et opposé, en leur insufflant une énergie, une posture et une façon de parler très différentes, sans jamais tomber dans la caricature. Le crâne rasé de près façon calvitie, l’acteur a dû tourner deux fois toutes les scènes impliquant les deux sosies, le matin dans la peau d’Alex, l’après-midi dans celle d’Axel. Les réalisateurs témoignent ainsi avec émotion de l’effacement d’Ahmed Hammadi Chassin, la doublure de Lafitte qui, à mesure que le montage avançait, disparaissait des plans pour ne plus exister dans le film et ne laisser place qu’à un double Laurent Lafitte, pour un effet absolument invisible.
Au-delà du pari visuel et de la performance principale, les réalisateurs adoptent le point de vue d’Alex pour inclure le spectateur dans son délire paranoïaque. Entre comportements étranges et facteurs de jalousie, la narration l’enfonce dans une spirale de méfiance assez jubilatoire. En plus de ridiculiser régulièrement le personnage en le plaçant dans des situations absurdes, les gags visuels comme celui de la patronne à moustache font parfaitement mouche dans cet univers réaliste ponctué de touches loufoques et d’un cynisme assumé, notamment dans sa vision de l’entreprise COGIP dont l’intérêt reste obscur. Faisant tomber les masques du paraître, le film questionne surtout le bien-être d’un homme confronté dans sa vie monotone à son parfait alter ego.
Gwendal Ollivier