sorti le 11/02/2026
Grand réalisateur de films de genre, Sam Raimi renoue à travers son dernier long métrage avec la comédie horrifique sur fond d’un survival saupoudré d’une satire sur la lutte des classes. Risée de son entreprise malgré son travail plus qu’irréprochable, Linda se voit voler sa promotion tant attendue par un collègue moins compétent mais proche du nouveau patron, Bradley. Alors qu’ils embarquent pour Bangkok, l’avion s’écrase en plein océan, à proximité d’une île sauvage. Blessé lors du crash, Bradley ne peut désormais compter que sur Linda pour survivre.
Évitant de rejouer les étapes bien connues du naufragé à la Tom Hanks dans Seul au monde, Raimi donne à Linda des compétences de survivaliste, justifiées par sa passion pour une émission télé de survie à laquelle elle aspirait à participer. À partir de cette idée, Linda n’est donc pas contrainte par la situation mais plutôt excitée d’enfin vivre une telle expérience, ce qui rend son comportement très amusant. Le look du personnage caractérise ainsi parfaitement ce renversement de la logique du récit, passant du cliché de la femme aux cheveux gras et à la jupe mal taillée, à celui de l’aventurière magnifiée par sa symbiose avec la nature, avant de ressembler comme deux gouttes d’eau à Wanda Maximoff dans son film précédent, Doctor Strange in the Multiverse of Madness.
Derrière la caméra, Sam Raimi s’amuse librement. En plus de ses gimmicks habituels (attrait pour les yeux en gros plan pour capter un point de vue ou un coup bien placé), le réalisateur ne lésine pas non plus sur les effets horrifiques. Du jump scare de la plage au climax en passant par la scène de chasse au sanglier, le réalisateur filme l’action avec une violence qui invite à rire, sans pour autant dédramatiser les scènes. À l’image de la séquence du crash mêlant tension et parenthèse humoristique par un gag visuel, Raimi démontre une fois de plus sa maîtrise du mélange des genres ; seul réalisateur capable d’insuffler de l’horreur dans des productions Marvel, autant dans ses Spider-Man des années 2000 que dans son précédent métrage.
De retour à la musique, Danny Elfman compose une bande originale moins marquée de folie que celles des films de Tim Burton mais qui soutient tout de même bien les émotions du métrage. Ainsi, le thème de Linda, joué par une soliste féminine, caractérise à la fois sa position de détresse initiale et sa force d’adaptation. Avec ce film, Raimi livre sa version de Triangle of Sadness en reprenant globalement son dernier acte à une différence près : là où Ruben Östlund critique les bourgeois avec les codes du cinéma bourgeois, Raimi les critique avec ceux du cinéma bis, de la satire et de la comédie, s’adressant à un public bien plus large, en accord avec le message de Send Help.
Gwendal Ollivier