Matt est le coach en développement personnel le plus suivi de France. Dans une société en quête de sens où la réussite individuelle est devenue sacrée, il propose à ses adeptes une catharsis qui électrise les foules autant qu'elle inquiète les autorités. Sous le feu des critiques, Matt va s'engager dans une fuite en avant qui le mènera aux frontières de la folie et peut-être de la gloire…
sorti le 28/01/2026
Visiblement indispensable pour garantir la qualité d’un film de Yann Gozlan, Pierre Niney collabore pour la troisième fois avec le réalisateur, qui signe ici, après deux déceptions (Visions et Dalloway), certainement son meilleur film. Incarnant à nouveau un protagoniste nommé Mathieu Vasseur, Pierre Niney donne vie au surnommé Matt, le coach en développement personnel le plus suivi de France. À l’heure où les gens ne croient plus à la politique et se détournent de la religion, il propose à ses adeptes une catharsis bien rodée, qui électrise les foules autant qu’elle inquiète les autorités.
Dénonçant clairement les dérives sectaires du coaching par le titre et surtout par la confrontation cinglante avec la sénatrice qui démonte en quelques échanges toute la rhétorique de Matt, le film ne se transforme pas en réquisitoire et cherche au contraire à retranscrire l’euphorie des séminaires de coaching. Composée par Chloé Thévenin, la musique électronique, souvent intradiégétique, fait grimper l’énergie par des ostinatos puissants. De même, la mise en scène est au service de l’immersion du spectateur, en utilisant par exemple des montages cut pour imager les pertes de contrôle de Matt de manière sensorielle, sans pour autant chercher l’identification aux personnages.
Dès l’ouverture, la voix du coach s’adresse directement à son audience dans la diégèse du film mais aussi de manière indirecte aux spectateurs de la salle de cinéma. Cette première scène adopte alors le point de vue de la foule et cherche à créer l’effet « wow » ressenti par le public en transe. Le second show vient alors contrebalancer cet effet en adoptant le point de vue de Matt, caméra derrière son épaule, ce qui révèle à la fois l’envers du décor, l’artifice de la connaissance personnelle de chaque spectateur par le coach et en même temps sa maîtrise impressionnante des mots et de l’énergie de sa représentation. Dans les deux cas, l’identification aux personnages ne semble pas être le but recherché mais l’immersion, elle, est totale.
Cette dichotomie est à l’image du personnage de Matt, aussi charismatique qu’imbu de lui-même, et elle soutient tout le métrage en plaçant le spectateur dans une position où il souhaite éthiquement voir Matt échouer et en même temps est emporté par l’avancée du récit et de la prestance de son protagoniste. Absolument magnétique, Pierre Niney prouve encore une fois qu’il est l’un des plus grands acteurs de sa génération. À ses côtés, Marion Barbeau (danseuse révélée par Cédric Klapisch dans En Corps), est elle aussi convaincante, à mi-chemin entre la fascination pour ce système dont elle se plaît à huiler les rouages et la peur de la tournure des décisions de son compagnon.
Les plans larges permettent de rendre compte de l’ampleur de l’attraction de Matt sur ses fans qui le vénèrent et sont persuadés que l’amour qu’ils lui vouent est réciproque. Mais ce sont surtout les cadres plus serrés qui permettent aux acteurs de jouer avec des microexpressions pour manipuler, montrer la détresse dans un regard ou déceler la manipulation dans un non-dit. Le point d’orgue de la manipulation est brillamment mis en scène par un travelling circulaire autour de Matt et d’un père de quatre enfants qu’il pousse à exprimer sa frustration devant une foule de spectateurs en furie. À mesure que le mouvement de la caméra accélère, la foule devient une masse floue et informe, isolant dans une bulle de toxicité un homme fragile face à son gourou.
Gwendal Ollivier
