sorti le 21/01/2026
Nominé 9 fois aux Oscars et ayant déjà remporté les Golden Globes de Meilleur film dramatique et de Meilleure actrice dans un rôle dramatique pour Jessie Buckley, ce long métrage produit par Steven Spielberg et Sam Mendes sentait de loin la bête de compétition. Pour sa cinquième réalisation, Chloé Zhao retourne au cinéma d’auteur avec ce film un peu trop calibré. Angleterre, 1580. Un professeur de latin fauché fait la connaissance d'Agnes, jeune femme à l'esprit libre. Fascinés l'un par l'autre, ils entament une liaison fougueuse avant de se marier et d'avoir trois enfants. Tandis que Will tente sa chance comme dramaturge à Londres, Agnes assume seule les tâches domestiques.
Après une campagne marketing agressive dont la bande-annonce était un condensé de l’intégralité de l’histoire, l’avancée dramatique ne tient pas le spectateur en haleine puisque déjà entièrement révélée jusqu’à sa scène finale. En plus de traîner de la patte sur la naissance de l’amour entre Will et Agnes qui n’est pourtant pas très palpable, le climax, qui se veut grandiose, néglige la moitié des protagonistes pour se concentrer uniquement sur les parents et leur deuil. Les relations fraternelles semblaient pourtant importantes durant le deuxième tiers du récit, notamment entre les jumeaux et leur lien qui flirte avec le fantastique, mais elles disparaissent au profit de la représentation molle d’Hamlet ponctuée des commentaires embarrassants d’Agnes.
Loin de l’ampleur des déserts américains de Nomadland ou des territoires et cités antiques d’Eternals, la mise en scène de Chloé Zhao n’atteint pas le grandiose qui caractérise sa filmographie. Si la démesure des paysages (de « landscape » comme Agnes qualifie Will) n’est pas aussi forte que dans ses précédents métrages, le rapport à la nature est en revanche à nouveau travaillé par la proximité avec la forêt. Coutume transmise de mère en fille, Agnes met au monde sa première fille au pied d’un arbre bordé d’un trou noir béant ; trou noir que le père reproduit au milieu de son décor d’arbres peints et qui permettra à l’enfant privé de ce lieu de naissance dans la forêt de partir métaphoriquement par celui-ci.
Souvent en angle de pièce ou contre un mur, les plans en plongée reprennent l’aspect de caméras de surveillance, évoquant fortement l’esthétique de La Zone d’intérêt dont Lukasz Zal assurait aussi la photographie. De manière générale, la composition de cadre laisse étonnamment beaucoup d’air au-dessus des têtes, renforçant la sensation d’observer les personnages de haut suggérée par l’axe en plongée. Au sein d’un ratio de cadre serré, la caméra se tient à distance des protagonistes et ne se rapproche que ponctuellement des visages pour capter les nécroses des enfants et la souffrance de la mère. L’émotion est toutefois difficile à transmettre aux spectateurs alors que la mise en scène conserve une distance froide avec ses protagonistes, qu’elle filme comme les acteurs d’une tragédie.
Entre alors en scène Max Richter et ses compositions une nouvelle fois sublimes. Qu’elles soient jouées par le piano, les cordes frottées ou la choriste, les notes se posent et se déploient dans une réverbération magique et montent en puissance pour décrocher les larmes du spectateur. Achevant le film par l’un de ses titres phares, On the Nature of Daylight, la mise en scène roule toute seule pour aboutir à la montée au ciel du petit Hamnet.
Gwendal Ollivier
